Le mouvement des auteurs a bouleversé la critique cinématographique en reconnaissant les réalisateurs comme des « auteurs ». Il a instauré une nouvelle norme d'évaluation qui mettait l'accent sur l'individualité et le talent artistique du réalisateur.
Dans les années 1950, une nouvelle théorie critique, l'auteurisme, a émergé dans la critique cinématographique française. L'auteurisme considère le réalisateur comme un « auteur » et non comme un simple réalisateur, l'assimilant à son œuvre. À l'époque, la pratique courante en France consistait à adapter des œuvres littéraires célèbres au cinéma sans grande adaptation, misant sur des costumes et des décors somptueux, ainsi que sur des acteurs de théâtre populaires. L'auteurisme s'est imposé comme une réaction à la prédominance des influences littéraires et théâtrales dans le cinéma français. Il reflétait le désir de voir les films reconnus comme des œuvres d'art à part entière, reflets de l'expression artistique du réalisateur, et non comme de simples moyens de narration.
Le cinéma d'auteur défend les œuvres qui projettent avec constance l'univers cinématographique personnel et le style original du réalisateur, plutôt que de se complaire dans les clichés. La créativité et l'individualité d'un réalisateur se manifestent par des caractéristiques stylistiques cohérentes, telles qu'une vision du monde ou une conscience thématique qui traverse son œuvre, un style narratif qui l'exprime, et certaines situations, décors ou techniques expressives qui reviennent avec insistance. Ce courant repose sur la conviction qu'un réalisateur peut construire son propre langage cinématographique et communiquer avec le public à travers celui-ci.
La critique auteuriste a profondément marqué le monde de la critique cinématographique, notamment grâce à la redécouverte du cinéma hollywoodien. À Hollywood, les films étaient produits de manière standardisée et décentralisée afin d'optimiser l'efficacité des équipes de production, à l'instar du système Ford, symbole des débuts de la production de masse américaine. De ce fait, le producteur, responsable des finances et de l'administration, s'impliquait dans le processus de création du réalisateur, tandis que le rôle de ce dernier consistait à concrétiser les idées du producteur à l'écran. L'objectif était de produire des films d'une certaine qualité tout en minimisant l'instabilité du box-office, due à des facteurs tels que le talent difficilement quantifiable des créateurs et les goûts changeants du public. Au sein de ce système, la liberté créative des réalisateurs était souvent restreinte, mais les tenants de la théorie des auteurs y voyaient un potentiel d'originalité.
Les critiques tenants du cinéma d'auteur estimaient cependant que même dans les films commerciaux produits dans les conditions les plus industrialisées d'Hollywood, la marque unique d'un réalisateur pouvait être décelée. Ils relevaient des cas où les contraintes de production révélaient en réalité le sens du défi et la créativité du réalisateur. De ce fait, les films de série B et leurs réalisateurs en bénéficièrent également. Ils réévaluèrent des cinéastes qui, malgré les contraintes commerciales, étaient parvenus à intégrer à leur œuvre leur style personnel et leur conscience thématique. Cela permit au public et à la critique de découvrir le récit personnel et les intentions artistiques du réalisateur dans ses films.
Le réalisateur hollywoodien le plus en vue à avoir été réhabilité par les critiques spécialistes du cinéma d'auteur est Hitchcock, maître du thriller. Il était reconnu pour sa capacité à maintenir une cohérence thématique et stylistique, même dans les contraintes du système de production et du genre. Hitchcock utilisait un schéma narratif bien à lui, consistant à tromper le spectateur avant de révéler la vérité au dernier moment pour un retournement de situation saisissant. Il recourait fréquemment à la technique du « McGuffin », un artifice dramatique qui lui permettait de créer ses propres conventions narratives : un accessoire particulier, présenté comme un indice décisif, se révélait finalement être un leurre, laissant le public perplexe. Cette technique est devenue la marque de fabrique de ses films et l'a hissé au rang de réalisateur à part.
L'influence du concept d'auteur sur la réévaluation du cinéma hollywoodien perdure encore aujourd'hui. Par exemple, ce concept a contribué à définir ce qui constitue un « bon » film ou un « grand » réalisateur, et il est toujours utilisé dans l'enseignement du cinéma. Il a également donné aux jeunes réalisateurs le courage de développer leur propre langage cinématographique et de l'utiliser pour concrétiser leur vision artistique. Cela a ouvert la voie à une grande variété d'expérimentations et d'innovations cinématographiques qui se poursuivent dans le cinéma moderne. De plus, avec la diversification du paysage cinématographique due aux progrès de la technologie numérique, le concept d'auteur a été réinventé sous de nouvelles formes et reste plus pertinent que jamais.