Pourquoi la classification des artefacts archéologiques s'est-elle scindée en typologie et théorie des populations ?

Cet article de blog explore en profondeur les raisons pour lesquelles les archéologues utilisent deux perspectives — la typologie et la théorie des populations — pour classer les artefacts, en examinant les différences dans leurs caractéristiques et leurs approches interprétatives.

 

Depuis l'avènement de l'archéologie moderne, les archéologues s'efforcent de classer les artefacts par la collecte et la fouille, en déduisant leurs relations spatio-temporelles et leurs processus d'évolution afin de les interpréter en lien avec les actions humaines passées. Les perspectives de classification des artefacts se divisent en deux grandes catégories : la typologie et la théorie des populations.
Les typologues, pionniers de la recherche archéologique, ont établi des systèmes de classification fondamentaux. Ils ont d'abord examiné les caractéristiques morphologiques discernables des artefacts pour former des groupes. Une fois identifiées les caractéristiques essentielles, fondées sur la forme – conceptualisées comme « forme » – ou tendances centrales, un « type » était défini. Ce processus consiste à identifier un archétype parmi plusieurs artefacts partageant une forme spécifique, puis à utiliser cet artefact comme référence idéale pour la comparaison avec d'autres. Bien que les variations entre les artefacts d'un même type soient inévitables, les typologues les considéraient comme de simples déviations, indignes d'explication, sauf si elles étaient jugées suffisamment importantes pour justifier la création d'un nouveau type. Ils appréhendaient donc tout changement d'artefact comme une « transition » d'un type à un autre. Cette perspective a été cruciale pour établir les bases de la distinction de groupes présentant des séquences temporelles ou des frontières culturelles et spatiales distinctes, grâce à la classification des types, la définition des limites entre les types et leur hiérarchisation. Cependant, les changements morphologiques observés dans les artefacts individuels sont souvent continus. De plus, les typologues avaient tendance à percevoir les changements de types comme discontinus, les expliquant uniquement par des facteurs tels que des apports extérieurs ou de nouvelles inventions, sans tenir compte de leurs propres processus évolutifs internes. Par ailleurs, l'adoption d'une approche typologique limitait intrinsèquement l'analyse à de simples comparaisons des similitudes et des différences entre les artefacts mis au jour.
Ces problématiques ont incité les archéologues à envisager la classification des artefacts sous un autre angle : l'approche fondée sur la théorie des populations. Les théoriciens des populations soutiennent que les caractéristiques essentielles des artefacts ne constituent pas des entités réelles et que les tendances centrales ne sont que le fruit de l'observation empirique. Ils considèrent notamment que ces tendances centrales peuvent évoluer à tout moment en fonction du nombre d'artefacts et des critères utilisés. Par conséquent, selon eux, les types n'existent pas en fonction d'une essence inhérente aux artefacts eux-mêmes. Ils sont plutôt inférés par l'observation et ne sont que des outils conçus par les chercheurs en fonction de leurs objectifs. Seuls existent des phénomènes et des variations, reflétant l'état des choses. Les théoriciens des populations affirment qu'au sein d'un type spécifique, il n'existe pas d'archétype – une forme d'artefact représentative de ce type. Ils concentrent donc leur attention sur les variations elles-mêmes. La variation se manifeste de diverses manières, augmentant progressivement après son apparition initiale avant de s'estomper lentement. Ils perçoivent ces changements comme continus. Autrement dit, la fréquence de la variation diffère dans l'espace et le temps, et le changement est déterminé par la distribution spatio-temporelle des variations. Les théoriciens des populations expliquent ces variations de fréquence des mutations et la persistance différentielle de certaines mutations par les concepts de « fluctuation » et de « sélection ». La fluctuation désigne le phénomène d'apparition continue de mutations imprévisibles au sein d'un groupe fossile, entraînant des variations aléatoires de la fréquence des mutations. La « sélection » désigne le phénomène par lequel, parmi ces variations, celles qui sont adaptées à un environnement spécifique prolifèrent par rapport à celles qui ne le sont pas.
L'examen de l'application concrète de cette différence de perspective sur le terrain révèle un fait intéressant. Généralement, lors de la découverte de nouveaux artefacts, les archéologues en observent directement certains afin d'identifier leurs caractéristiques morphologiques et révisent les cas existants pour sélectionner les attributs clés nécessaires à l'attribution ou à la définition d'un type. Sur cette base, ils vérifient si tous les artefacts possèdent ces attributs clés, les classent selon leur présence ou leur absence, puis attribuent ou définissent un nouveau type. Si plusieurs types sont identifiés, ils les organisent d'abord spatialement et temporellement afin d'en interpréter la signification. Dans ce cas, si le chercheur cherche à confirmer la séquence temporelle ou les différences entre les groupes d'utilisateurs des artefacts, il se concentre sur la définition et l'organisation des types. À l'inverse, pour appréhender concrètement le processus d'évolution entre les types, il s'intéresse aux variations au sein des types organisés dans l'espace et le temps. La fréquence de ces variations et leurs proportions relatives sont mesurées, et l'on examine quelles variations, parmi les nombreuses existantes, sont sélectionnées et utilisées de manière continue. Les archéologues, malgré leurs divergences sur la classification des artefacts, choisissent en réalité l'une de ces deux approches ou les combinent de manière appropriée en fonction du problème spécifique qu'ils cherchent à résoudre.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.