Comment l'intervention du narrateur dans un roman influence-t-elle la perception de la vérité chez le lecteur ?

Cet article de blog examine comment le mode d'intervention du narrateur dans un récit influence la perception de la vérité par le lecteur. Nous explorerons ensemble comment la position du narrateur, les informations dont il dispose et son degré d'implication modifient le cours du récit.

 

Lire un roman, c'est écouter la voix de quelqu'un qui raconte une histoire. On appelle narrateur celui qui narre les événements impliquant différents personnages dans un cadre précis. Ainsi, les lecteurs découvrent toujours le monde fictionnel à travers la voix du narrateur. Prenons l'exemple d'une scène où le dialogue d'un personnage est exprimé au discours direct. Puisque les drames se déroulent principalement par le dialogue des personnages, sans narrateur, de telles scènes peuvent sembler similaires. Cependant, il s'agit en réalité d'une stratégie délibérée du narrateur : privilégier le discours direct au discours indirect pour donner l'illusion au lecteur d'entendre le dialogue en direct. Que le narrateur ait paraphrasé ou non le dialogue, le lecteur découvre toujours le monde uniquement à travers sa voix.
Pour qu'un narrateur puisse relater un événement, il est indispensable qu'il l'observe. Partant de ce constat, Brooks et Warren ont distingué les perspectives à la première et à la troisième personne, uniquement en fonction du point de vue du narrateur. Ils ont ensuite subdivisé ces perspectives en quatre catégories : le point de vue du protagoniste, le point de vue de l'observateur, le point de vue de l'auteur-observateur et le point de vue de l'auteur omniscient, selon que le narrateur observe l'événement en témoin ou l'analyse en enquêteur. Cependant, leur analyse a été critiquée pour avoir assimilé le point de vue du narrateur à la troisième personne à celui de l'auteur. On leur a également reproché de regrouper sous l'appellation unique de « point de vue de l'auteur omniscient » les techniques narratives décrivant les pensées de personnages spécifiques et celles décrivant les pensées de tous les personnages.
À l'inverse, les recherches explorant le rôle du narrateur en tant que sujet observateur ont été approfondies par Lanser. Il a soutenu que ce rôle devait être compris en lien avec le contenu et le thème du récit. Critiquant les limites des discussions précédentes – qui, comme le suggère le terme « point de vue », se concentraient uniquement sur le lieu d'observation des événements –, Lanser a affirmé qu'il fallait considérer non seulement la position spatiale du narrateur, mais aussi sa position idéologique spécifique. En effet, un même événement peut être perçu et représenté différemment selon que le narrateur occupe un espace différent ou qu'il adhère à des valeurs différentes. Partant de ce constat, Lanser a décrit le narrateur comme un cadre cognitif à travers lequel l'auteur présente son univers. Étant donné que les lecteurs découvrent le récit par l'intermédiaire du narrateur, il apparaît clairement que les perspectives qu'ils perçoivent et les voix qu'ils entendent dépendent toujours de ce dernier.
À ce sujet, la réflexion classique de Platon sur l'intervention du narrateur dans une œuvre et la manière dont la vérité est transmise au lecteur demeure fascinante. Il liait la question de l'authenticité de l'âme à la mimésis. Selon lui, plus l'intervention du narrateur était minimisée, plus l'authenticité était sujette à caution, risquant de faire confondre réalité et fiction. Inversement, plus le commentaire subjectif était présent, plus l'authenticité était grande, rendant le narrateur clairement identifiable. Appliquer cette perspective au roman suggère de dépasser l'idée que le narrateur compromet l'objectivité par son intervention dans le récit. Autrement dit, ce n'est pas le narrateur qui empêche le roman d'atteindre l'objectivité ; c'est au contraire grâce à lui qu'il acquiert une singularité qui le distingue des autres formes narratives.
Bien que de nombreuses discussions aient été menées sur le narrateur du roman, il est difficile d'affirmer qu'un cadre théorique suffisamment sophistiqué ait été établi pour englober l'immense corpus d'œuvres romanesques. En effet, même au sein d'une même œuvre, il est rare de trouver des cas où un point de vue unique est maintenu de façon constante du début à la fin. Même les chefs-d'œuvre ne font pas exception. Par conséquent, plutôt que de tenter de définir la position, la perspective ou le rôle du narrateur uniquement à l'aune de cadres théoriques trop rigides, il est bien plus judicieux de les appréhender en lien avec l'appréciation d'œuvres spécifiques. Les écrivains eux-mêmes réfléchissent constamment à la manière la plus efficace de transmettre leur message. Cette réflexion conduit à considérer le roman comme une sorte de jeu d'information auquel se livrent le lecteur, les personnages et le narrateur.
Selon cette perspective, un même événement peut être réinterprété en une histoire totalement différente selon la personne qui possède le plus d'informations. Par exemple, lorsque le narrateur fournit au lecteur des informations inconnues des personnages, ce dernier ressent inévitablement une tension en les voyant ignorer la crise qu'ils traversent. À l'inverse, si les personnages et le lecteur partagent les mêmes informations, le lecteur vit les événements comme s'il résolvait une énigme avec eux, comprenant la situation à un niveau similaire. De plus, lorsqu'un personnage dissimule des secrets au lecteur, ce dernier ne saisit pleinement l'histoire qu'à la fin, subissant ainsi l'impact d'un retournement de situation saisissant. Par conséquent, le choix du narrateur le plus apte à transmettre le message voulu est la première étape déterminante pour le succès ou l'échec d'une œuvre. Cette considération essentielle demeure un point de discussion important dans la recherche contemporaine en théorie narrative.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.