L’eugénisme moderne : peut-il vraiment être accepté d’un point de vue éthique ?

Cet article de blog examine en quoi l'eugénisme moderne diffère de son homologue historique et s'il est éthiquement acceptable, en se concentrant sur le clonage humain et la sélection génétique.

 

Depuis que la biologie moderne a ouvert la voie au clonage humain, nombreux sont ceux qui se sont intéressés à ses avantages potentiels, espérant qu'il résoudrait les problèmes de la médecine moderne tels que les maladies et les handicaps génétiques. Cependant, des inquiétudes quant aux risques qu'il pourrait engendrer, notamment sur le plan éthique, ont simultanément émergé, suscitant de vifs débats parmi les experts de divers domaines. Les partisans et les opposants s'affrontent âprement sur divers points de désaccord, qu'ils soient éthiques, techniques, religieux ou commerciaux. Toutefois, ces divergences découlent de systèmes de valeurs individuels, ce qui rend difficile de juger aisément la justesse de l'argumentation d'un camp. Néanmoins, pour bien comprendre les arguments pour et contre dans ce débat, il est essentiel de saisir l'essence des termes employés. C'est pourquoi nous nous concentrerons sur l'examen du point de controverse connu sous le nom de « sélection eugénique ».
Les inquiétudes liées à la sélection eugénique par manipulation génétique constituent un enjeu majeur du débat sur le clonage humain. Les partisans du clonage affirment que la recherche vise non pas à créer des « surhommes » ou des « super-héroïnes » par sélection génétique, mais à réduire les souffrances des enfants atteints de handicaps ou de maladies génétiques. À l'inverse, des opposants comme Leon Kass mettent en garde contre le risque que la généralisation du clonage humain par manipulation génétique n'entraîne une sélection eugénique excessive lors de la reproduction, avec pour objectif l'élimination des gènes récessifs et la conservation des seuls gènes dominants, ce qui pourrait engendrer des problèmes. Par ailleurs, le Comité consultatif national de bioéthique des États-Unis souligne que le recours au clonage pour créer des enfants confère aux parents le droit de choisir les caractéristiques de leur progéniture, autorisant de fait des pratiques eugéniques susceptibles de porter atteinte à des valeurs sociales fondamentales.
En effet, la théorie eugéniste a servi à justifier le génocide nazi des Juifs et l'oppression des personnes de couleur, exerçant une influence profondément néfaste sur le racisme et les idéologies suprématistes. De ce fait, l'eugénisme a été perçu comme une idéologie aveugle, suscitant un fort rejet public. Dès lors, les arguments des opposants à l'ouverture de la voie à l'eugénisme par le clonage humain semblent pertinents, et l'aversion du public pour cette pratique peut en être une conséquence naturelle. Toutefois, il est essentiel de comprendre que l'« eugénisme » dont il est question ici diffère du concept de sélection eugénique, tant passée que moderne. Pour porter un jugement éclairé sur le clonage humain, il nous faut dépasser l'aversion passée pour l'eugénisme et reconnaître que l'eugénisme moderne est fondamentalement différent de son homologue historique.
Premièrement, l'eugénisme passé et l'eugénisme moderne diffèrent par leurs moyens, leurs fins et leurs méthodes. L'eugénisme passé visait à améliorer les caractéristiques génétiques de l'ensemble de la population, sans tenir compte des droits individuels, les gouvernements imposant des restrictions ou des promotions de la reproduction. Il reposait également sur des prémisses scientifiques simplistes, fortement biaisées par des préjugés raciaux et de classe. À l'inverse, l'eugénisme moderne s'appuie sur des résultats scientifiques étayés par des recherches approfondies, dans le but de traiter des maladies génétiques ou d'améliorer des caractéristiques spécifiques. Ce processus repose sur les décisions volontaires des familles et, d'un point de vue utilitariste, il est fort probable qu'il ait un impact social positif.
Deuxièmement, la validité des recherches concernant les notions de supériorité et d'infériorité diffère. L'eugénisme passé a commis l'erreur d'opprimer les personnes de couleur, notamment les personnes noires, au sein de cultures dominées par les Blancs, en utilisant la couleur de peau comme critère de supériorité et d'infériorité et en la considérant comme un facteur récessif. Cette conception découlait de l'ignorance du fait scientifique que la couleur de peau est simplement le résultat d'une adaptation environnementale propre à chaque ethnie. L'eugénisme passé manquait de validité en raison de recherches génétiques insuffisantes. À l'inverse, l'eugénisme moderne a acquis une compréhension claire du rôle des gènes et des maladies génétiques grâce à la recherche, permettant ainsi la reconnaissance scientifique de la validité de la correction génétique. Si la participation volontaire est garantie, les gènes responsables de maladies génétiques peuvent être modifiés avec précision.
Troisièmement, alors que l'eugénisme passé était mis en œuvre comme politique gouvernementale avec des intentions spécifiques, l'eugénisme moderne peut être considéré comme déjà naturellement présent dans la vie humaine. Tandis que l'eugénisme ancien était perçu comme coercitif et tabou, dans la société moderne, il apparaît comme un phénomène implicite. Par exemple, les individus ont tendance à choisir des partenaires attirants et en bonne santé afin d'améliorer les caractéristiques génétiques de leur descendance, ce qui n'est pas fondamentalement différent du concept eugénique de base visant à améliorer les caractéristiques de la descendance. La sélection d'étalons spécifiques pour obtenir des chevaux de course supérieurs ou la sélection de chiens pour des caractéristiques souhaitées peuvent également être considérées comme de la sélection eugénique. L'eugénisme moderne est donc déjà un phénomène ancré dans la vie quotidienne.
Quatrièmement, il existe des divergences de points de vue concernant l'influence de l'environnement et la fiabilité qui en découle pour l'eugénisme. L'eugénisme d'antan s'appuyait fortement sur le déterminisme génétique, affirmant que les gènes déterminent tout, et véhiculait des affirmations erronées, comme celle selon laquelle les Noirs seraient génétiquement inférieurs aux Blancs. Aujourd'hui, si des penseurs comme Richard Dawkins défendent encore le déterminisme génétique, de nombreuses études démontrent également que l'environnement et les efforts individuels influencent considérablement le potentiel humain. L'eugénisme moderne prend en compte ces facteurs, dans le but de limiter les risques liés à une approche eugéniste aveugle.
Ainsi, l'eugénisme moderne diffère considérablement de son homologue historique à plusieurs égards. Il se distingue notamment par le fait qu'il repose sur des décisions volontaires visant à traiter des maladies génétiques individuelles ou à améliorer certains traits, qu'il s'appuie sur la recherche sur la supériorité génétique, qu'il s'intègre naturellement à la vie moderne (contrairement aux politiques coercitives du passé) et qu'il prend en compte les facteurs environnementaux. Par conséquent, les préoccupations eugéniques concernant le clonage humain, soulevées par les opposants à l'eugénisme traditionnel et fondées sur les concepts de l'eugénisme ancien, doivent être réexaminées à la lumière de l'eugénisme moderne. Toutefois, l'eugénisme moderne ne garantit pas à lui seul la validité de la sélection eugénique. Les opposants peuvent toujours arguer que même l'eugénisme moderne présente des failles et que la sélection eugénique est immorale. Face aux progrès technologiques, il est crucial de bien saisir l'essence du débat afin d'éviter les arguments stériles et de favoriser une discussion constructive. Il est donc primordial de reconnaître la différence fondamentale entre l'eugénisme passé et l'eugénisme moderne.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.