Dans cet article de blog, nous explorerons pourquoi le comportement altruiste a évolué et persisté malgré l'égoïsme inhérent à la nature humaine, en utilisant la théorie de la sélection de groupe.
Dans notre société, les actes altruistes comme le don du sang ou le nettoyage des rues sont monnaie courante. Pourtant, du point de vue de la sélection naturelle, cela reste un mystère. En effet, les individus altruistes aident autrui à leurs dépens, tandis que les individus égoïstes peuvent recevoir de l'aide sans le moindre effort. Il est donc fort probable que les altruistes soient éliminés dans la compétition pour la survie entre les deux groupes. Selon la théorie de la sélection naturelle, les membres de la société adopteraient des stratégies égoïstes leur conférant un avantage dans cette compétition, et l'égoïsme finirait par se généraliser. Or, contrairement à cette attente, les comportements altruistes restent très présents. Même s'ils pourraient tirer davantage profit du comportement de passager clandestin, les gens répriment leurs pulsions égoïstes et agissent de manière altruiste. Mais d'où vient réellement cet altruisme ?
L'une des clés pour résoudre cette énigme réside dans l'« hypothèse de la sélection de groupe ». Selon cette hypothèse, tout comme les caractéristiques individuelles influencent la survie d'un individu, les caractéristiques du groupe influencent également la survie du groupe. Autrement dit, l'objet de la sélection naturelle n'est pas l'« individu », mais le « groupe ». Le comportement altruiste, qui pourrait constituer une faiblesse dans le cadre de la sélection individuelle, peut en réalité devenir une force pour le groupe dans le cadre de la sélection de groupe, lui conférant un avantage dans la lutte pour la survie. Prenons l'exemple du jeu StarCraft où une unité de Profanateurs sacrifie d'autres Zerglings pour restaurer son énergie. S'il y avait de nombreux Zerglings égoïstes, aucun ne serait disposé à se sacrifier, ce qui rendrait les batailles inter-espèces difficiles. En revanche, s'il y avait de nombreux Zerglings altruistes, ils se sacrifieraient volontairement, contribuant ainsi à la victoire de toute l'espèce.
L'histoire humaine révèle des périodes où la sélection de groupe a probablement joué un rôle déterminant. Dans les sociétés tribales primitives, les guerres intertribales étaient fréquentes et le taux de mortalité élevé. Les groupes comptant de nombreux individus altruistes avaient davantage de chances de l'emporter lors de ces conflits. Même dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ont précédé les sociétés agricoles, le succès de la chasse et de la cueillette dépendait fortement de la coopération altruiste de leurs membres. Dans les environnements hostiles qui ont prévalu pendant des dizaines de milliers d'années, les comportements coopératifs altruistes – comme trouver un abri sûr et se protéger mutuellement des menaces extérieures – étaient essentiels. Les groupes où la proportion d'individus altruistes était plus élevée avaient davantage de chances de survivre dans ces environnements difficiles.
Cependant, cette hypothèse présente encore des lacunes. Dans le cadre de la sélection individuelle, les individus altruistes peinent à prospérer face aux individus égoïstes et finissent par être menacés d'extinction. En revanche, dans le cadre de la sélection de groupe, les groupes comptant de nombreux individus altruistes réussissent mieux ou bénéficient d'un avantage dans la compétition pour la survie que ceux qui en sont dépourvus. Puisque la sélection individuelle et la sélection de groupe agissent en sens inverse, pour que la théorie de la sélection de groupe soit convaincante, le rythme de cette dernière doit être supérieur à celui de la sélection individuelle.
L’être humain a ralenti le rythme de la sélection individuelle et amplifié les effets de la sélection de groupe grâce à des « institutions » – telles que les règles, les coutumes et les lois – qui influencent les interactions entre les membres de la société. La répartition équitable des revenus est l’une de ces institutions. Les pratiques de partage de la nourriture chez les anciennes tribus de chasseurs-cueilleurs ont constitué un mécanisme de répartition équitable des revenus, réduisant l’écart entre les individus altruistes et égoïstes et augmentant ainsi la probabilité de sélection de groupe.
La transmission culturelle conformiste est un autre facteur qui a permis à la sélection de groupe d'exercer une forte influence. Ce phénomène signifie que si les individus altruistes représentent plus de la moitié d'un groupe, le nombre de personnes disposées à adopter des stratégies altruistes augmente, ce qui conduit à une augmentation du nombre d'individus altruistes ; inversement, si les individus égoïstes représentent plus de la moitié d'un groupe, le nombre de personnes disposées à adopter des stratégies égoïstes augmente, ce qui conduit à une augmentation du nombre d'individus égoïstes. La transmission culturelle conformiste est importante car même de légères différences au sein d'un groupe peuvent engendrer des différences majeures entre les groupes.
Par exemple, supposons deux groupes : l’un composé à 55 % d’individus altruistes et l’autre à 45 %. Bien que la différence entre les deux groupes ne soit que de 10 %, si une transmission culturelle conformiste s’opère au sein de chaque groupe, le nombre d’individus altruistes augmentera progressivement dans le premier groupe, tandis qu’il diminuera progressivement dans le second. Ainsi, la transmission culturelle conformiste creuse l’écart entre les groupes, amplifiant de ce fait les effets de la sélection de groupe.
Jusqu'à présent, nous avons utilisé la théorie de la sélection de groupe pour résoudre l'énigme de la survie des individus altruistes. La sélection de groupe postule que la sélection naturelle s'opère au niveau du groupe et que les caractéristiques de celui-ci influencent sa survie. L'être humain a créé un environnement propice à la survie des individus altruistes en maximisant les effets de la sélection de groupe grâce aux institutions et à la transmission culturelle conformiste. Bien que la sélection de groupe présente la limite d'une instabilité évolutive, elle constitue une hypothèse convaincante pour expliquer l'évolution des comportements altruistes au sein de la société humaine.