Allons-nous libérer l'humanité ou la confiner dans les limites de la génétique ?

Dans cet article de blog, nous examinerons si les progrès scientifiques et technologiques élargissent le libre arbitre humain ou le confinent au cadre créé par la génétique.

 

Le destin est-il prédéterminé ?

Avant de commencer cet article, j'aimerais vous présenter le mythe d'Œdipe. Ce mythe raconte l'histoire d'un héros victime de son destin. En voici le résumé.
Laïos, roi de Thèbes, reçut un oracle annonçant que si sa reine donnait naissance à un fils, celui-ci causerait sa perte. Rongé par l'angoisse, Laïos abandonna l'enfant peu après sa naissance. L'enfant abandonné fut recueilli à Corinthe par des bergers, où il fut adopté par le roi de Corinthe et nommé Œdipe.
Plus tard, devenu prince de Corinthe, Œdipe reçoit au temple de Delphes une prophétie lui annonçant son destin tragique : il tuera son père et épousera sa mère. Cherchant à échapper à son destin, Œdipe se rend à Thèbes et en devient roi. Cependant, réalisant finalement qu’il ne peut défier sa destinée, il se crève les yeux.
Dans ce mythe, l'entité qui détermine le destin est le dieu qui prononce l'oracle. Les humains y sont dépeints comme des êtres incapables d'échapper à leur destin, et cette vision fataliste a profondément marqué l'histoire de l'humanité. Toutefois, ce fatalisme relevait simplement d'un choix personnel, fondé sur les croyances de chacun.
Avec le passage du Moyen Âge, où l'autorité divine était prépondérante, à l'ère moderne, l'accent a été mis sur la raison humaine et le libre arbitre, et la perspective fataliste s'est peu à peu estompée. Paradoxalement, cependant, avec les progrès rapides de la science au XXe siècle, une forme de déterminisme réinterprétée à travers le prisme de la raison a refait surface. La découverte de l'ADN en 1953 par James D. Watson et Francis H.C. Crick en fut la clé.
Watson et Crick ont ​​révélé que l'ADN contient toute l'information qui détermine nos processus biologiques. Si nous parvenons à déchiffrer la séquence d'ADN et l'information qu'elle renferme, nous pouvons comprendre l'ensemble des processus biologiques d'un individu. Par exemple, si nous connaissons la séquence génétique associée à une maladie spécifique, nous pouvons prédire le destin d'une personne avant même sa naissance. Ainsi, l'agent qui détermine le destin humain est une fois de plus remplacé par de petites molécules : l'ADN et les gènes. On peut parler de « déterminisme de l'ADN ».
Notre destin est-il donc déjà tracé dès notre naissance ? Le réalisateur du film « Gattaca » apporte une réponse à cette question.

 

Synopsis du film 'Gattaca'

Le film « Gattaca » se déroule dans un futur proche, où le génie génétique a considérablement progressé. À cette époque, une simple goutte de sang suffit à déterminer, grâce à l'analyse de l'ADN, la probabilité qu'une personne développe des maladies, sa personnalité, son apparence, son état de santé et même son espérance de vie.
Le protagoniste, Vincent Freeman, naît par conception naturelle, sans aucune manipulation génétique. Immédiatement après sa naissance, un médecin prédit, grâce à une analyse ADN, que Vincent présente une forte probabilité de développer diverses maladies et qu'il mourra d'une maladie cardiaque à l'âge de 31 ans. À l'inverse, son jeune frère, Anton Freeman, est conçu in vitro et naît enfant « parfait », tous les facteurs de risque de maladie ayant été éliminés par manipulation génétique.
Depuis son enfance, Vincent est fasciné par l'espace et rêve de devenir astronaute, mais ses parents, conscients de son handicap génétique, tentent de le dissuader. Vincent nageait souvent contre son jeune frère Anton, mais, désavantagé par sa prédisposition génétique, il perdait toujours. Pourtant, un jour, Vincent remporte une course, et cet événement fait naître une lueur d'espoir en lui.
Dans la société dépeinte par ce film, les personnes conçues naturellement sont considérées comme « imparfaites et inaptes », tandis que celles nées par insémination artificielle sont jugées « parfaitement adaptées ». Puisqu'il faut être « parfaitement qualifié » pour devenir astronaute, Vincent se heurte à des obstacles répétés. Il finit par travailler comme agent d'entretien, mais il ne renonce jamais à son rêve et continue de chercher une opportunité. Il rencontre alors Jerome Eugene Morrow, un homme « parfaitement qualifié » qui lui ressemble trait pour trait. Jerome, devenu handicapé suite à un accident, vend son identité à Vincent. Ce dernier usurpe l'identité de Jerome et se fait embaucher dans une entreprise aérospatiale.
Au fil de son parcours, Vincent se retrouve mêlé à une affaire de meurtre et risque de voir sa véritable identité révélée. Mais il surmonte diverses épreuves et devient finalement astronaute, s'envolant dans l'espace. À travers ce film, le réalisateur transmet le message que même si le destin est génétiquement déterminé, l'effort personnel et la volonté peuvent le transcender.
À la fin du film, après avoir remporté une course de natation contre son frère, Vincent déclare : « Je t'ai battu parce que je n'ai pas gardé d'énergie pour le retour. » Cette réplique transmet l'idée que vaincre le destin exige des efforts. Cependant, le film révèle ses limites. Si la persévérance et la passion de Vincent ont été les moteurs de sa réussite, le hasard a joué un rôle déterminant au moment décisif. Vincent a rencontré un bienfaiteur qui l'a soutenu, et la personne chargée de l'enquête sur le meurtre n'était autre que son jeune frère. De plus, au tout dernier moment, il a reçu l'aide du médecin effectuant le test antidopage. Sans cette aide et ces coïncidences, Vincent n'aurait pas pu réaliser son rêve. À cet égard, le film suggère que les efforts seuls ont leurs limites lorsqu'il s'agit de transcender le destin génétique, et il contient une mise en garde dystopique quant aux conséquences potentielles de la science et de la technologie.

 

La science et la technologie peuvent-elles changer le destin ?

Depuis l'avènement de la surproduction, l'humanité vit dans une société de classes. Cependant, même au sein d'une telle société, la classe sociale ne détermine pas absolument la supériorité ou l'infériorité d'un individu. Considérer les individus indépendamment de leur statut social rend difficile l'évaluation de leur valeur relative. L'histoire le confirme, de nombreux exemples illustrant les exploits de personnes issues de classes populaires. Dans son ouvrage *L'Anxiété de statut*, Alain de Botton souligne que ce constat constitue un facteur clé pour atténuer l'anxiété au sein des sociétés de classes.
Cependant, avec l'avènement du XXIe siècle, les progrès de la génétique ont commencé à remettre en question ce postulat. Ces progrès permettent désormais de modifier génétiquement les êtres humains avant même leur naissance afin de les rendre exempts de maladies, en meilleure santé, plus intelligents et plus beaux. Si cela rend envisageable une utopie où chacun vivrait sans maladie, il est fort probable que ces avantages ne seront pas répartis équitablement. Si les classes sociales existantes déterminent l'accès à ces avantages, la supériorité sociale et la supériorité individuelle risquent de se confondre.
Autrement dit, il est possible que la société devienne une société où les riches sont plus intelligents, en meilleure santé et plus beaux que les pauvres. Dans une telle société, la mobilité sociale sera encore plus difficile. Il s'agit d'une structure socialement très malsaine.
La technologie est par nature neutre, mais ceux qui l'utilisent ne le sont pas. Si les progrès scientifiques et technologiques peuvent indéniablement apporter de nombreux bienfaits à l'humanité, ils peuvent aussi, à l'inverse, engendrer du malheur. Nous devons rester vigilants afin que notre héritage génétique ne crée pas un Œdipe du XXIe siècle.

 

A propos de l'auteure

Cam Tien

J'aime les choses douces et mignonnes. J'aime les chiens, les chats et les fleurs car ils me rendent heureuse. J'aime aussi manger et voyager pour découvrir de nouvelles choses. Par ailleurs, j'aime me détendre, admirer le paysage et profiter de la vie.