« Sympathy For Lady Vengeance » n’est pas un thriller traditionnel, mais plutôt une mise en scène paradoxale et magnifique centrée sur la vengeance féminine et la maternité.
Dernier volet de la trilogie de Park Chan-wook sur la vengeance, « Sympathy For Lady Vengeance » est un thriller plein de paradoxes. Comparé à « Vengeance Is Mine », dont le titre évoque la vengeance, et à « Oldboy », un film qui semble né du début à la fin uniquement pour l'obscurité et la vengeance, ce film est qualifié de « gentil » par son titre, et l'héroïne est une femme au caractère vif et à la propreté qui semble tomber à la renverse. Pourquoi une telle femme cherche-t-elle à se venger ?
C'est un film paradoxal : il y a des armes, de la violence, des crimes de toutes sortes, mais on n'a pas l'impression d'être dans un thriller, même s'il est assez brutal. D'où vient ce sentiment ? On a l'impression que c'est un thriller, mais pas le cœur ?
La première raison est liée au personnage principal. Lee Geum-ja est une femme.
Traditionnellement, les thrillers reposent sur le suspense, décrivant le déroulement d'un crime ou les déduisant. En raison de leurs limitations physiques, les femmes ont du mal à être victimes d'un crime. La structure principale du thriller est celle d'un homme qui décide de se venger, et l'histoire devient un combat d'homme contre homme. Même si une femme n'est pas victime d'un crime, le personnage principal féminin d'un thriller est généralement une détective, une policière ou une avocate, toutes deux faisant partie des gentils. Il est rare de trouver un thriller dans lequel une femme commet un meurtre.
Qu'est-ce qui fait d'une femme le centre d'un thriller ? Si l'on considère les rares thrillers féminins existants, le thème central est la maternité. Qu'il s'agisse de Sympathy For Lady Vengeance, Mother, Seven Days ou Don't Cry Mommy, lorsqu'une femme commet un meurtre ou se lance dans une quête de vengeance, ce n'est pas seulement parce qu'il s'agit d'un thriller féminin, c'est parce qu'elle est mère. Lorsqu'un enfant est en danger, une mère libère ses super-pouvoirs, et lorsqu'un enfant meurt, une mère ouvre les yeux sur le mal. Bien sûr, l'acte meurtrier en lui-même est considéré comme maléfique, même si venger la mort d'un enfant est un crime justifiable. Ces films semblent illustrer les extrêmes de l'amour maternel, et « Poésie » de Lee Chang-dong va dans une direction légèrement différente.
« Sympathy For Lady Vengeance » est un film débordant d'amour enfantin, tant maternel que paternel. Le sanctuaire où Geum-ja, qui avait un enfant, s'est réfugiée n'était pas un sanctuaire, mais un enfer. Non pas un enfer où elle est allée pour ses péchés, mais une prison où elle pécherait. Si le film s'était terminé par le meurtre du Dr Baek, où elle s'est excusée auprès de Jenny pour ses péchés, il n'aurait été qu'un thriller coréen de plus. C'est plutôt la vengeance des quatre autres enfants et de leurs parents, qui ne sont pas impliqués, qui rend ce film si cru. L'avidité des parents pour l'argent est également mise en évidence, car ils s'attaquent aux points sensibles, et Geum-ja n'est définitivement pas pardonnée. Contrairement aux thrillers coréens, qui se terminent généralement par un kwon seon jingak, ce film offre une atmosphère différente.
Mon seul reproche à ce film est de savoir pourquoi l'héroïne n'est pas une psychopathe et ne peut devenir l'héroïne du thriller, le cerveau criminel, que par un amour maternel extrême et la vengeance. D'après les films coréens, je pense que c'est à cause de l'image de l'actrice. Ce serait bien de voir des personnages féminins dans les films coréens qui sont nés ainsi, et non des tueuses forcées de se transformer en monstres pour une bonne raison. C'est un exemple un peu étrange, mais je parle d'un personnage comme Annie Wilkes dans Misery.
La deuxième raison est la mise en scène. Le film noir, souvent comparé au thriller, se caractérise par de véritables écrans noirs et des contrastes extrêmes, tandis que le thriller n'a pas de mise en scène particulière. Si je devais en choisir une, je dirais qu'ils se caractérisent par une action trépidante.
Si le rythme des événements et l'intensité sonore sont des éléments d'un thriller, Sympathy For Lady Vengeance offre une mise en scène magnifique, quelle que soit la chronologie choisie. On dirait un tableau. Les couleurs rougeoyantes et le sang qui apparaît quand il le faut sont à la fois étranges et magnifiques. La réplique « Tu es douée dans ce que tu fais » est suivie de « Il faut que ce soit joli. Tout. Le joli est bon. » C'est une reproduction fidèle de la réplique. C'est une véritable mise en valeur. Elle présente magnifiquement ses raisons de se venger et vous fait acquiescer, tout comme les médias l'admirent pour sa beauté et la prison pour son intelligence.
De plus, la narration évoque une série policière, les sous-titres sont choquants et les rares éléments humoristiques vous sortent du thriller. Je ne dis pas cela de manière négative. La fin, qui n'est pas qu'un suspense, donne à ce film irréaliste un côté réaliste.
Une fois de plus, Sympathy For Lady Vengeance est un film paradoxal. Ces éléments irréalistes et ces visuels fantaisistes lui donnent l'allure d'un thriller réaliste. Il nous fait réfléchir à deux fois sur les personnages féminins et leur beauté. Même les thrillers sans définition précise peuvent tenter de dépasser les conventions.
Enfin, le style de Park Chan-wook dégage un charme unique tout au long du film. Ses films ne s'inscrivent pas dans un genre classique, mais offrent au public de nouvelles expériences grâce à une variété de démarches artistiques. « Sympathy For Lady Vengeance » fait partie de ces films qui brisent les codes du thriller conventionnel et offrent la possibilité d'un nouveau thriller. Les tentatives ambitieuses du réalisateur offrent au spectateur une perspective nouvelle et une impression profonde, renforçant ainsi la valeur artistique du film. « Sympathy For Lady Vengeance » se distingue ainsi par son originalité et sa sensibilité, ouvrant de nouveaux horizons au genre du thriller.