Qu’est-ce qui motive le progrès technologique : le besoin social ou la technologie elle-même ?

Dans cet article de blog, nous discuterons de la question de savoir si le progrès technologique est motivé par les besoins de la société ou si la technologie elle-même change la société.

 

De l’invention de la hache de guerre à l’automobile et à l’ordinateur, l’humanité n’a cessé de faire progresser la technologie, ce qui a grandement amélioré notre qualité de vie. Aujourd’hui, les gens utilisent des voitures pour parcourir rapidement de longues distances et des ordinateurs pour effectuer des tâches que les humains ne peuvent pas accomplir eux-mêmes. La technologie fait désormais partie intégrante de la vie humaine et sans elle, nous n’aurions pas la civilisation moderne que nous avons aujourd’hui. Mais comment sont nées ces avancées technologiques ?
Tout d'abord, il existe une distinction entre science et technologie. Alors que la science est la compréhension et l'exploration des phénomènes naturels, la technologie est l'application de ces connaissances scientifiques à des usages pratiques bénéfiques pour l'homme. Heidegger définissait la technologie comme la manière dont les humains traitent le monde d'une certaine manière, la considérant comme la « volonté » d'évaluer chaque chose dans le monde en fonction de sa calculabilité, de son utilité et de son efficacité, pour finalement la transformer en une ressource utile à l'homme. Cette « volonté » a joué un rôle important dans le développement de la technologie. C'est pourquoi l'homme a constamment recherché et développé la technologie. Autrement dit, contrairement à la science, la technologie évolue en fin de compte pour répondre aux besoins humains, et elle se transforme pour y répondre. L'argument selon lequel la technologie est mue par des besoins sociaux est connu sous le nom de constructionnisme social.
Le constructionnisme social soutient que des facteurs politiques, économiques, organisationnels et culturels interviennent dans le processus de changement technologique et que la technologie évolue sous l'influence de situations sociales ou de groupes sociaux. En d’autres termes, la technologie n’est pas simplement un outil neutre pour résoudre des problèmes ; elle reflète les valeurs politiques, sociales et culturelles, et la technologie incarne les valeurs sociales plus larges et les intérêts de ceux qui la conçoivent et l’utilisent.
Finch et Biker, tous deux spécialistes des sciences et des technologies, ont été les pionniers du constructionnisme social avec une étude de cas sur l'évolution du vélo. Aux débuts du développement du vélo, les cyclistes sportifs préféraient les modèles dotés de grandes roues avant, permettant des exercices intenses. Cependant, les femmes portaient des jupes longues, ce qui les empêchait de pédaler sur ces grandes roues. Face à cela, les ingénieurs ont développé des vélos de sécurité pour femmes, dotés de roues avant plus petites et de pneus amortis. Ce modèle s'est avéré capable d'atteindre des vitesses plus élevées, et le modèle actuel des vélos de sécurité s'est imposé. Dans ce processus, la conclusion selon laquelle les vélos de sécurité étaient supérieurs aux autres vélos ne résultait pas d'une logique technique, mais plutôt d'une série d'événements contingents issus de l'interaction entre les groupes sociaux et l'artefact du vélo. Finch et Biker ont soutenu que le discours sur l'efficacité des vélos de sécurité avait en fait été reconstruit pour justifier le processus après la clôture du débat.
Par ailleurs, l'un des exemples les plus évidents du constructionnisme social est le progrès technologique résultant de la guerre. L'histoire humaine est faite de guerres, et les humains se sont constamment affrontés. La guerre est née d'un processus de survie consistant à s'approprier les biens d'autrui et à défendre les siens. Ce processus a nécessité d'énormes efforts pour acquérir de meilleures compétences au combat. Les hommes anciens utilisaient des pierres naturelles comme armes, mais pour survivre face aux autres tribus, ils avaient besoin d'armes plus résistantes, ce qui a conduit à l'invention du bronze et du fer. L'évolution vers le bronze et le fer est née d'un besoin sociétal de développer des armes plus puissantes.
Au fil du temps, la technologie a progressé à pas de géant avec la création de la discipline du génie militaire. L'ingénierie militaire est la forme d'ingénierie la plus ancienne et constitue le fondement de l'ingénierie moderne : la discipline de la conception architecturale s'est développée depuis l'ingénierie pour construire des forts et des ponts, et les technologies de communication ont été développées pour rester en contact en temps de guerre. D’autres avancées technologiques modernes, telles que le développement de la poudre à canon, le développement de la production d’électricité et le développement de l’énergie nucléaire pour la bombe atomique, sont toutes nées de la nécessité de gagner des guerres. Du génie militaire est né le génie civil, motivé par la nécessité de construire des routes, des ponts, des systèmes d'approvisionnement en eau, etc. pour rendre la vie des gens plus confortable. À l’ère moderne, les progrès technologiques ont progressé à pas de géant dans ces deux branches de l’ingénierie, montrant que les progrès technologiques sont motivés par les besoins sociaux.
L’argument opposé au constructionnisme social est le « déterminisme technologique ». Le déterminisme technologique soutient que le progrès technologique est la cause centrale du changement social. Les déterministes technologiques croient que la technologie est autonome et existe en dehors de la société, et que le développement de la technologie et son impact social sont déjà ancrés dans la technologie elle-même. En d’autres termes, le déterminisme technologique considère que la technologie constitue la variable indépendante la plus importante à l’origine du changement social. Mais la technologie peut-elle se développer sans besoin social ?
Un exemple classique de déterminisme technologique est celui des étriers (repose-pieds) de l'Occident médiéval. Les déterministes technologiques affirment que les étriers ont amélioré l'équitation et permis aux seigneurs médiévaux de se multiplier grâce à des conquêtes à grande échelle, donnant naissance au féodalisme. Cependant, cette affirmation est peut-être exagérée : les étriers ont été introduits en réponse à un besoin sociétal d'avantage au combat, et le féodalisme en réponse au chaos des invasions d'immigrants, qui ont rendu la défense nationale impossible et ont donné naissance à des systèmes d'autodéfense locaux.
La « Troisième Vague » d'Alvin Toffler illustre également la position du déterminisme technologique. Toffler explique que l'invention de l'âge du fer a conduit à la révolution agricole (première vague), l'invention de la machine à la révolution industrielle (deuxième vague) et l'invention de l'ordinateur personnel et d'Internet à la révolution de l'information (troisième vague). Cependant, il est difficile d'expliquer ces trois vagues par la seule invention technologique. L'agriculture est le résultat naturel du désir des humains de se sédentariser après une vie de chasse précaire ; la révolution industrielle est le fruit de la recherche par les riches de profits maximisés pour accumuler davantage de richesses ; et l'ère de l'information est un phénomène de personnes économiquement enrichies en quête d'enrichissement intellectuel. Autrement dit, le changement social est motivé par des besoins sociaux, et les avancées technologiques en sont le résultat naturel.
Comme nous l’avons vu, la technologie est intrinsèquement destinée à bénéficier aux humains. Il est donc très important de déterminer si une technologie sera utile à la vie humaine avant d’être développée. Les déterministes technologiques soutiennent que les nouvelles technologies sont d'abord développées et que les gens en sont ensuite affectés, mais ce n'est pas le but de la technologie. La technologie est développée pour bénéficier aux gens, de sorte que les besoins sociétaux font partie intégrante du développement technologique, et le développement technologique doit se produire en tandem avec les changements sociétaux.
L'ingénierie qui développe une technologie étant avant tout axée sur le profit, la première considération lors du développement d'une nouvelle technologie est son utilité et son coût. C'est d'autant plus vrai dans le développement technologique moderne, où développer une nouvelle technologie, alors que tant de technologies ont déjà été accumulées, nécessite des coûts de recherche considérables. Ainsi, lorsqu'un pays ou une entreprise investit dans le développement technologique, il le fait en évaluant si celle-ci répondra aux besoins sociétaux à long terme et si elle s'adapte aux évolutions de la société.
À sa sortie, le Concorde était considéré comme un « avion de ligne de rêve » capable de vols supersoniques et devait populariser les avions supersoniques. Cependant, les bangs supersoniques, la consommation excessive de carburant et les tarifs élevés ont détourné le public, et il est finalement tombé en désuétude. Pourquoi un avion de ligne supersonique de pointe a-t-il échoué alors qu'un Boeing technologiquement en retard a réussi, et pourquoi n'y a-t-il pas d'efforts supplémentaires pour le développement technologique dans le secteur aéronautique ? Prenons l'exemple des appels vidéo sur les téléphones portables : les gens préfèrent passer des appels classiques même lorsqu'ils peuvent parler en face à face. Cela s'explique par le désir d'espace personnel et d'anonymat. Par conséquent, les ressources investies dans le développement de la technologie d'appel vidéo n'ont pas été à la hauteur, et aucun investissement supplémentaire n'a été réalisé pour améliorer ses fonctionnalités. C'est l'exemple d'une entreprise qui a échoué en poursuivant le progrès technologique au détriment des besoins sociaux. Aussi innovante soit-elle, une nouvelle technologie est vouée à l'échec si elle ne suscite pas de demande.
Les exemples et les preuves ci-dessus confirment que la technologie a évolué en réponse aux besoins sociétaux, comme le soutient le constructionnisme social. Ce dernier souligne que le facteur le plus important du développement technologique est la demande sociale. Cependant, le développement technologique en Corée du Sud tend à être motivé par la quête de « nouveautés ». Les ingénieurs se précipitent pour développer de nouvelles technologies afin d'obtenir des subventions de recherche, sans vraiment réfléchir aux besoins de la société. C'est le même chemin que l'échec du Concorde et le développement des technologies d'appel vidéo. D'un point de vue constructionnisme social, c'est un acte inutile, et ces technologies finiront par devenir obsolètes. C'est pourquoi le niveau technologique de la Corée stagne. Il existe une grande marge de développement de technologies utiles, non seulement grâce aux nouvelles technologies, mais aussi en améliorant les technologies existantes. Un véritable progrès technologique exige que les ingénieurs aient la perspicacité nécessaire pour déterminer les besoins de la société et les technologies adaptées aux évolutions sociales actuelles.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.