Cet article explore comment la liberté moderne conduit à de nouveaux esclavages et à une perte de soi. Il explore la nature de la liberté et les réactions psychologiques humaines à celle-ci, explorant la possibilité de l'épanouissement personnel.
À l'ère moderne, les humains ont pris conscience de concepts tels que « l'individualité » et « la liberté », s'affranchissant ainsi de toute servitude, notamment hiérarchique. Ces changements ont profondément transformé la vie et la pensée humaines, et la subjectivité individuelle a commencé à être mise en avant. Cependant, cette nouvelle liberté « de quoi » ne s'est pas immédiatement traduite par une liberté « à quoi ». Les humains, qui, avant l'ère moderne, éprouvaient un sentiment de sécurité et d'appartenance en vivant leur vie conformément à leur statut, ont pris conscience que le monde extérieur agissait contre leur volonté et que même leurs relations avec autrui étaient devenues hostiles. Bien qu'ils aient gagné en liberté, leur anxiété et leur solitude ont augmenté.
Pour échapper à cette anxiété et à cette solitude, les humains postmodernes ont eu tendance à fuir leur liberté. Un phénomène important qui émerge de ce processus est la réorganisation des relations sociales : les individus s'affranchissent des hiérarchies traditionnelles et tentent de former leurs propres réseaux relationnels, ce qui conduit souvent à des états psychologiques instables. L'un d'eux est l'autoritarisme, fondé sur l'obéissance. Il s'agit du désir d'abandonner son indépendance et de se soumettre à autre chose que soi-même, en quête d'un nouvel asservissement secondaire pour remplacer l'asservissement primaire perdu. Cela prend parfois la forme d'une recherche de sécurité et de satisfaction psychologiques en soumettant les autres à soi-même. Ces deux formes d'autoritarisme, apparemment opposées, sont identiques, car elles cherchent toutes deux à échapper à l'anxiété et à la solitude.
Un autre processus psychologique d'évasion consiste à cesser d'être soi-même en acceptant pleinement la personnalité que le monde extérieur lui assigne. Ce processus s'accentue avec l'assimilation sociale et la recherche d'homogénéité, où l'individu cesse de maintenir son individualité et sa subjectivité uniques, mais tente de se conformer aux normes imposées par la société. Il devient identique à tous et à ce que les autres attendent de lui. La contradiction entre soi et le monde extérieur disparaît, et avec elle la peur de la solitude et de l'impuissance. L'être humain devenu un automate, ayant renoncé à son moi personnel pour devenir identique aux autres automates qui l'entourent, n'a plus besoin de ressentir la solitude et l'anxiété. Cependant, il paie un prix très élevé pour cette perte de soi. Il est contraint de déployer un effort anxieux pour préserver son identité en accomplissant constamment des actes d'acceptation par les autres.
Dans ce contexte, de nombreux phénomènes culturels et sociaux de la société moderne sont également liés à cette fuite de la liberté. Les individus cherchent à s'identifier à diverses cultures de consommation et à divers médias, ce qui conduit à de nouvelles formes d'asservissement. La nature de la liberté nous conduit-elle inévitablement à fuir vers de nouveaux asservissements ? Existe-t-il un état de liberté active où les individus existent en tant qu'êtres distincts, tout en étant en harmonie avec le monde extérieur ?
La spontanéité est une réponse à cette question. Dans le processus d'épanouissement personnel spontané, une personne se reconnecte au monde extérieur et surmonte ainsi la solitude sans sacrifier son intégrité. Comme nous l'avons vu, la liberté passive laisse l'individu dans la solitude, l'aliénant du monde et affaiblissant l'ego, le faisant se sentir constamment menacé. La liberté active, fondée sur la spontanéité, repose sur les principes suivants : il n'existe pas de pouvoir supérieur à l'individu, l'homme est le centre et le but de sa vie, et la croissance et l'épanouissement de son individualité priment sur tout autre objectif. Outre ces aspects psychologiques, le sentiment de solitude et d'impuissance qui ronge l'homme depuis les temps modernes peut être surmonté en créant des conditions sociales lui permettant de dominer la société et de participer activement aux processus sociaux.
Dans ce processus, chacun peut donner à sa vie un sens et une direction originaux et parvenir à une réalisation personnelle volontaire. Ce sera plus qu'une simple conquête de la liberté, mais un cheminement vers la véritable perfection humaine.