La médecine est-elle une compétence ou un produit de la sagesse philosophique ?

Dans cet article de blog, nous explorons la question de savoir si la médecine est un simple art de guérison ou un produit de la sagesse philosophique qui cherche à harmoniser la nature et les humains.

 

Aristote considérait la médecine comme une pratique exemplaire, traduisant compétences et connaissances pratiques en véritable science. Le savoir des médecins est fondamentalement différent de celui des spécialistes d'un domaine particulier. Il est universel. Il sait pourquoi un traitement particulier est efficace, c'est-à-dire qu'il connaît les relations de cause à effet. Ces connaissances sont considérées comme très modernes. Et à cet égard, il n'est pas question d'appliquer les connaissances scientifiques naturelles à l'objectif pratique de guérison au sens où on l'entend aujourd'hui.
Cependant, ce qu'Aristote soulignait dans son analyse de la médecine n'était pas simplement la réussite du traitement, mais la nécessité pour le médecin d'être en harmonie avec les principes de la nature. Pour lui, le médecin n'était pas un simple technicien, mais un homme sage doté d'une profonde compréhension de l'ordre naturel et de la vie humaine. La médecine est un art de manipuler le corps humain, mais elle est aussi intrinsèquement philosophique dans le sens où elle doit interagir avec les lois de la nature qui lui sont inhérentes. Cela suggère que la médecine est fondamentalement plus qu'une discipline technique. Plutôt que de traiter le corps humain comme une machine, la médecine est un effort pour respecter et comprendre la vie et les lois de la nature qui l'habitent.
Le concept grec de technè, en revanche, ne désigne pas l'application pratique de connaissances théoriques, mais une forme spécifique de savoir pratique : la connaissance qui constitue une capacité particulière et fiable à fabriquer des choses. Les mots « faire » et « fabriquer » sont ici importants. Fabriquer quelque chose, c'est créer quelque chose d'indépendant. La place de la médecine dans le concept de « technologie » (kunst=technè) est tout à fait exceptionnelle, car il n'existe ni matières premières ni produits artificiels. En médecine, la capacité de créer est plutôt la capacité de régénérer, de restaurer, et c'est là l'essence même de la médecine. On pourrait dire que les médecins créent la santé, mais ce serait faux. Premièrement, ce n'est pas nouveau. Deuxièmement, le résultat n'est pas la démonstration d'un savoir-faire unique et savant. Autrement dit, la question de savoir si le retour à la santé d'un patient est le fruit de connaissances et de compétences médicales ne peut être déterminée en examinant uniquement l'état de santé. Se pose toujours la question de savoir dans quelle mesure le traitement médical a joué un rôle et a été bénéfique. C'est là qu'intervient la suspicion envers la médecine.
Dans une situation potentiellement mortelle, le médecin, ses connaissances et ses compétences occupent une place privilégiée, mais une fois la situation passée, le doute sur la médecine prend le dessus. En cas d'échec thérapeutique, notamment, une tension et une opposition uniques entre le destin et la technologie s'installent, ainsi qu'une grande méfiance. Un résultat malheureux est une force irrésistible du destin. Ainsi, on assiste à un mélange d'affirmations selon lesquelles la médecine est inefficace et d'affirmations selon lesquelles ce résultat malheureux est le résultat de la négligence du médecin. Qui peut juger ?
C’est là qu’interviennent les excuses pour la médecine.
Pour distinguer la médecine du domaine de la technologie, il faut la replacer dans le contexte plus large de la nature. L'idée même des Anciens était que tout ce qui pouvait être produit technologiquement était réalisé grâce au savoir-faire humain, à la lumière de la nature. Si l'on considère la technè comme l'imitation de la nature, cela signifie avant tout que l'ingéniosité humaine comble le champ des possibles que nous offrent les formes de la nature elle-même. En ce sens, il est clair que la médecine n'est pas une imitation de la nature. Elle n'est pas une imitation de la nature, car elle ne produit pas de produit artificiel, mais plutôt la santé, ou la nature elle-même, en tant que médicament. Ces technologies ne créent rien de toutes pièces et ne disposent d'aucun matériau pour créer. Elles cherchent à restaurer le processus naturel lorsqu'il est perturbé et, ce faisant, choisissent de disparaître d'elles-mêmes dès qu'elles ont rétabli l'équilibre naturel de la santé. Par conséquent, leur pratique même doit s'inscrire dans le processus naturel.
La nature, objet des sciences naturelles modernes, ne peut être intégrée au travail médical et spécialisé. Les sciences naturelles modernes se caractérisent par une compréhension de leur connaissance comme capacité à produire des résultats. Elles isolent les lois et les règles de l'ordre naturel en termes mathématiques et quantitatifs, c'est-à-dire qu'elles isolent les relations causales qui permettent la répétition de diverses interventions dans des conditions précises du comportement humain.
À l'époque moderne, le concept de technologie (thchnik), combiné à celui de science, a renforcé et accru les possibilités de la médecine et des procédures thérapeutiques. La maîtrise des processus physiques, l'application des connaissances théoriques et la division du travail ont permis une spécialisation accrue. Ces développements ont grandement contribué aux progrès de la médecine, mais ils ont également soulevé des questions quant à sa finalité essentielle. La santé humaine peut-elle être considérée comme une simple connaissance mécanique et quantifiée ? Le corps et l'esprit humains peuvent-ils être pleinement appréhendés de cette manière ?
Entrez dans le concept d'équilibre. La conception grecque antique de la nature repose sur l'idée d'holisme. L'holisme est une structure ordonnée qui permet la répétition de tous les processus naturels, voire leur élimination sous une forme donnée. On peut ainsi dire que la nature suit son cours. C'est une idée fondamentale de toutes les théories sur l'origine de l'univers.
Si l'on reprend le concept de nature précédent, l'intervention médicale doit être comprise comme une tentative de rétablir un équilibre perturbé. Cet équilibre est le véritable produit de la médecine. La différence entre la recréation de cet équilibre et toutes les autres constructions est la suivante : alors que dans d'autres constructions, brique par brique, nous provoquons progressivement un changement dans la direction souhaitée, dans la recréation de l'équilibre, non seulement le changement est soudain, mais la force appliquée pour le rétablir peut, si elle est mal appliquée, devenir une force capable de le détruire.
En médecine, le moment où la reproduction de l'équilibre réussit véritablement est celui où l'intervention devient superflue et inutile : l'intervention du médecin est achevée dès que la santé a retrouvé son équilibre. La pratique médicale ne consiste pas à créer un nouvel équilibre, mais plutôt à contribuer au maintien d'un état de santé fluide en le maintenant en permanence. Une perturbation de l'équilibre, ou maladie, survient lorsqu'il y a une perturbation manifeste de facteurs directement liés à l'équilibre permanent de l'organisme.
Comme nous l'avons déjà dit, une intervention médicale a toujours une double signification. Elle peut être une perturbation en soi ou avoir un effet particulier, traitant l'interaction harmonieuse de plusieurs facteurs. Autrement dit, les médecins doivent constamment se préoccuper de la possibilité d'un retour en arrière et tenter d'anticiper les conséquences de leurs interventions.
La science naturelle moderne, en revanche, n'est pas une science de la nature considérée comme une totalité autosuffisante et réparatrice. Elle ne repose pas sur l'expérience du vivant, mais sur celle de la production et de la fabrication ; elle ne repose pas sur l'expérience de l'équilibre, mais sur celle de l'organisation planifiée. La science d'aujourd'hui transforme plutôt la nature en monde humain, supprimant la dimension naturelle au moyen d'une organisation rationnellement contrôlée et planifiée.
Cependant, la médecine est déjà indissociable des présupposés implicites du concept ancestral de nature et ne peut jamais être comprise comme une technologie, car elle n'est pas une technologie en opposition avec la nature, mais une technique intégrée à celle-ci. La médecine, qui cherche à rétablir l'équilibre, possède une signification philosophique qui transcende le technologique. Elle harmonise la vie humaine avec la nature et offre une compréhension globale du corps et de l'esprit humains.
De ce point de vue, la médecine est bien plus que la simple application de connaissances scientifiques et techniques. Elle est le fruit d'une compréhension profonde de l'ordre naturel et de l'existence humaine, et de la sagesse qui en découle. Cette essence de la médecine est toujours d'actualité, et le défi des médecins est de la préserver face aux avancées technologiques.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.