Dans cet article, nous explorerons comment la musique traditionnelle coréenne s'harmonise tout en préservant l'indépendance de chaque instrument. Nous explorerons la structure des ensembles traditionnels et les caractéristiques de chaque instrument.
La musique est un art qui utilise le son comme matériau. Si le matériau, le son, est différent, la musique sera différente. Les sons que nous utilisons dans notre musique, qu'ils soient instrumentaux ou vocaux, présentent des caractéristiques distinctes de celles des instruments et des vocalisations occidentaux. Alors que les instruments et vocalisations occidentaux privilégient la résonance et cherchent à projeter le son vers l'extérieur de manière arrondie, nos instruments et vocalisations minimisent la résonance et retiennent le son, le poussant et l'attirant, utilisant la nature du matériau pour produire le son. Cette différence ne réside pas seulement dans la nature du son, mais aussi dans notre façon de concevoir la musique et de l'exprimer. Alors que la musique occidentale se concentre sur la justesse et la résonance des notes, la musique traditionnelle accorde une plus grande importance à la texture du son et à la transmission des émotions. Il ne s'agit pas seulement d'une différence technique, mais d'une différence d'attitude et de finalité. La musique traditionnelle met l'accent sur le son naturel des matériaux autant que sur la résonance. Ainsi, lors de la fabrication du gayageum et du daegeum, les fabricants prennent grand soin de sélectionner le paulownia et le bambou, et les chanteurs de pansori passent beaucoup de temps à entraîner leur gorge.
Les caractéristiques de la musique traditionnelle se reflètent dans sa signature rythmique. Contrairement à la structure rythmique de la musique occidentale, la musique traditionnelle intègre les concepts de cycles rapides, lents et rythmiques (motifs), en plus de la notion de temps. Dans la musique traditionnelle, la longueur d'une mesure peut varier, d'un jinyangjo lent à un jajinmori rapide. Ces changements ne sont pas de simples variations rythmiques, mais contribuent également à enrichir le flux émotionnel et narratif de la musique. Par exemple, dans le pansori, les changements longs et courts ne sont pas de simples variations rythmiques, mais servent à rendre plus vivant le développement narratif et les changements émotionnels des personnages. En comparaison, la musique occidentale comporte deux, trois et quatre temps ; les unités sont donc plus courtes et la structure est régulière et simple. En termes de flux, la musique occidentale comporte un court prélude suivi d'une compulsion, tandis que la musique traditionnelle comporte une longue pause, qui gagne en force dans la seconde moitié avant de se relâcher, ce qui témoigne d'une différence significative.
La particularité de la musique traditionnelle se reflète également dans la mélodie. Celle-ci ne se crée pas en enchaînant quelques notes. Il faut exploiter au maximum la fonction de chaque note, en utilisant certaines notes pour enrichir le son, d'autres pour le faire descendre du plus haut au plus bas, etc. Ces mélodies sont créées en variant la durée et l'intensité de chaque note. Il ne s'agit pas simplement de jouer ce qui est écrit sur la partition, mais de créer une musique qui reflète la personnalité et les émotions de l'interprète. Le pincement est une méthode permettant de produire divers sons décoratifs sur les instruments à cordes. Au sens strict, il s'agit d'une note décorative qui précède ou suit une structure mélodique, et au sens large, il s'agit d'une variété de techniques expressives. Dans certains cas, il s'agit d'un étirement dynamique d'une note, dans d'autres, d'un abaissement triste d'une note du plus haut au plus bas, créant un effet de tension et de relâchement dans la musique. Il n’est pas exagéré de dire que le secret de la façon dont la musique coréenne sans harmonie développée peut avoir le même pouvoir expressif que la musique occidentale avec harmonie, et ce qui rend le pansori aussi dramatiquement expressif que l’opéra, réside dans la méthode mélodique de la musique traditionnelle et la manière de l’exprimer.
Les ensembles de musique traditionnelle sont composés de plusieurs instruments jouant ensemble avec leurs sonorités individuelles, exploitant au mieux leurs caractéristiques et leurs timbres. La structure mélodique de l'ensemble est la même. Cependant, chaque instrument possédant un timbre et un jeu distincts, l'harmonie entre eux crée une sonorité unique et crée la beauté musicale coréenne. Cette beauté musicale ne provient pas seulement de la combinaison des notes, mais aussi de l'harmonie globale de chaque instrument, tout en préservant autant que possible son indépendance. Si les orchestres occidentaux recherchent une harmonie stricte sous la direction d'un chef d'orchestre, les ensembles traditionnels coréens privilégient une « harmonie libre » où l'individualité de chaque instrument est pleinement exprimée. Chaque instrument n'est pas subordonné aux autres, mais conserve son indépendance et crée une musique complète. Ainsi, notre ensemble est reconnu comme une œuvre de concert, mais aussi comme une œuvre indépendante, même si un ou deux instruments seulement sont joués séparément. C'est une œuvre individuelle qui reconnaît l'indépendance de chaque instrument en tant que partie et celle de l'ensemble dans son ensemble. De cette façon, notre musique traditionnelle possède une structure unique dans laquelle les parties s’assemblent pour former un tout, et en même temps, chaque partie peut se suffire à elle-même comme une œuvre d’art achevée.